Le 24 février, au siège de la délégation de l’UE au Plateau, le ministre des Transports Amadou Koné et l’ambassadeur Irshad Razaaly ont officialisé la tenue, du 30 mars au 1er avril, du Forum d’affaires UE – Corridors stratégiques. Derrière l’affichage diplomatique, l’enjeu est financier : capter une part significative des instruments européens de la stratégie Global Gateway et sécuriser des cofinancements multilatéraux.
Un goulot d’étranglement à desserrer
Les chiffres avancés lors de la conférence de presse parlent d’eux-mêmes : jusqu’à douze jours pour relier Abidjan à Lagos par la route, en raison de contrôles successifs, d’infrastructures inégales et d’engorgements portuaires. Sur l’axe sahélien, environ 4 millions de tonnes ont transité en 2025 vers le Burkina Faso et le Mali via le Port d’Abidjan. Le corridor côtier dépasse, lui, les 50 millions de tonnes annuelles.
Pour l’exécutif ivoirien, la réduction des délais et des coûts logistiques est devenue un impératif de compétitivité industrielle. L’équation est claire : sans fluidité sur les axes, la montée en gamme manufacturière restera limitée.
Abidjan–Lagos : bataille d’influence
Long d’environ 1 028 km, le corridor Abidjan–Lagos relie cinq économies majeures : Côte d’Ivoire, Ghana, Togo, Bénin et Nigeria. Il concentre l’essentiel (75%) de l’activité économique de la façade atlantique ouest-africaine.
Le projet d’autoroute continue, adossé à des postes frontaliers juxtaposés et à une interconnexion portuaire renforcée, constitue un terrain de compétition pour les majors du BTP, les logisticiens et les bailleurs. Abidjan cherche à y consolider son rôle de hub face à Lagos et Tema, en misant sur la performance de son terminal à conteneurs et sur la profondeur de son hinterland.
Abidjan–Ouaga : priorité au rail et aux ports secs
Sur l’axe nord, la modernisation de la ligne ferroviaire Abidjan–Ouagadougou–Kaya (1 218 km) figure parmi les dossiers prioritaires. Le gouvernement entend également avancer sur un train à grande vitesse vers le Nord et sur des plateformes logistiques intérieures, notamment à Bouaké et Ferkessédougou.
Ces projets visent à sécuriser les flux vers les pays enclavés et à réduire la dépendance au tout-routier. Ils intéressent autant les opérateurs ferroviaires que les fonds spécialisés dans les infrastructures, à la recherche de rendements adossés à des volumes stables de fret.
Le secteur privé en première ligne
Le nouveau Plan national de développement 2026–2030 table sur plus de 114 000 milliards de FCFA d’investissements, dont plus de 70 % attendus du secteur privé. Le forum d’Abidjan servira de vitrine pour présenter des projets bancables et structurer des partenariats public-privé.
La directrice générale du CEPICI, Solange Amichia, mise sur une montée en puissance des entreprises locales dans les segments porteurs : logistique intégrée, transformation agro-industrielle, maintenance ferroviaire, services numériques appliqués au transport.
En toile de fond, Abidjan cherche à ancrer durablement son statut de carrefour régional, dans un contexte de recomposition géoéconomique ouest-africaine. Reste à convaincre investisseurs et bailleurs que la gouvernance des corridors – harmonisation des procédures, coordination transfrontalière, sécurisation des flux – suivra le rythme des ambitions affichées.




